Chers Amis,
Revenant d’un deuxième séjour en Terre Sainte, je voudrais partager avec vous cette méditation.
Tout le monde parle des divisions, des injustices, des exactions, du mur… Or, en écoutant les uns et les autres, Israéliens et Palestiniens, juifs, chrétiens, musulmans ou athées de part et d’autre du mur, il m’est apparu une lumière plus éblouissante et aveuglante que le soleil d’été en plein midi sur la mer Morte, mais aussi douce que le soleil levant au printemps sur la mer de Galilée : le mur n’est pas ce béton et ces barbelés qui lacèrent la terre d’une balafre, le mur est d’abord dans nos têtes et dans nos cœurs. Ce mur a un nom : la peur et la haine et ce mur est infiniment plus dur et infranchissable que le béton. J’ose dire : béni soit ce mur de béton et de barbelés s’il nous fait comprendre qu’il n’est que la manifestation extérieure de la réalité intérieure. Il ne servira à rien d’abattre le mur de béton si nous n’abattons pas le mur qui traverse chacun de nos cœurs de quelque côté du mur que nous soyons.
Nous qui n’habitons pas cette terre « sainte », il ne sert à rien de dénoncer et de prendre parti, ajoutant inconsciemment une épaisseur au mur. La seule aide véritable que nous puissions apporter à ces peuples, c’est d’arracher de notre cœur tout sentiment de haine ou de ressentiment ici et maintenant comme Jésus l’a fait ainsi que le dit saint Paul aux Ephésiens : « c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux n’a fait qu’un, détruisant le mur qui les séparait : en sa chair il a supprimé la haine, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme nouveau, faire la paix et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la croix : en sa personne il a tué la haine » (Eph 2/14-16).
Cela, Etty Hillesum, jeune juive hollandaise morte en déportation en 1943, l’avait compris : « Nous avons tant à changer en nous-mêmes que nous ne devrions même pas nous préoccuper de haïr ceux que nous appelons nos ennemis. Nous sommes bien assez ennemis les uns des autres. A vrai dire, je ne crois pas du tout à l’existence de ce qu’on appelle des ‘méchantes gens’…/… la seule solution, vraiment la seule, je ne vois pas d’autre issue : que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu’il n’est déjà » (Ecrits, Seuil p. 732-733 ou Une vie bouleversée, Points p. 216-218)
« Tu as aimé, Seigneur, cette terre » chantons nous avec le psaume. Et Jésus nous parle de la terre de notre cœur, celle qu’il aime habiter, SA véritable terre sainte. Que dans ces deux terres vienne la paix !
Frère Pierre
Actualités de Léoncel le 30 / 04 / 2012